Au Fil de Synema 7 ~ Dans la Toile d'Henry Selick (1/4)




(Synema est une variété d'araignée qui n'a en commun avec notre sujet que le nom... et aussi le fait que le Septième Art est une immense toile, peuplée de nœuds dramatiques et d'émotions qui révèlent parfois les larmes... ces étranges rosées du matin. Ce n'est pas le Web qui contredira tout cela !)




Jouons un peu : Oogie Boogie, les Tantes-Rhinocéros, Hypnos et l’Autre Mère.

Que vous évoque cette liste ? Que ceux qui ont répondu qu’il s’agit en vérité des antagonistes principaux de – respectivement – Jack Skellington, James Henry Trotter, Stu Miley et Coraline Jones, sachent qu’ils ont raison.

Continuons notre jeu en "corsant" un peu la difficulté : qu’ont alors en commun Jack Skellington, James Henry Trotter, Stu Miley et Coraline Jones ?

Eh bien : un nom, une signature ! Ils se partagent tous la même âme inspirée : celle d’Henry Selick !

Mais qui est donc Henry Selick ? Un homme qui aime les araignées, leur réservant dans ses films quelques coins de plafonds des plus douillets ! Il était donc normal que la Synema s’intéressât à ce curieux réalisateur !

Attachez-donc vos toiles et en avant pour déficeler le Mystère Selick !



Chapitre Zéroième ~ Un Goût pour l’Horreur dès l’Aurore !


Oubliez donc où vous pensez vous trouver, car maintenant, vous êtes dans le New Jersey, à Glen Ridge ! Si, si ! Et encore, ce n’est pas le plus déstabilisant : sachez que la grande horloge, par la fenêtre, indique que vous êtes arrivés en 1952 ! Pas de panique : profitez-en pour assister à un événement unique ! La première journée de vie d’un futur talent !

Bien sûr, après ça, autant rester aussi pour sa deuxième journée, puis sa troisième, puis sa quarante-deuxième… Pourquoi rentrer tout de suite : le cadre est agréable, pensez-donc, il s’agit des alentours de Rumson !

Officiellement, Henry Selick est alors déjà né, mais il lui reste encore une naissance, plus longue, plus ambitieuse, qui durera toute une jeunesse : c’est dans la tête que se préparent ces prochains embryons, telle une famille d’Athéna, couvées dans le crâne de Zeus.

C’est durant cette enfance que le réalisateur s’enivrera de séquences d’animations terrifiantes, comme Fantasia et sa Nuit sur le Mont Chauve, ou d’œuvres animées images par images de Ray Harryhausen, que ce soit Le Septième Voyage de Sinbad ou Jason et les Argonautes.

Bercé par le vin de ces images, il dessinera ses propres premiers personnages, déjà bien colorés, et inventera bien des histoires à partager avec ses proches.

A vingt ans, il finit d’étudier les sciences au Rutgers University pour entrer à l’Université de Syracuse, se consacrant cette fois à l’Art. Le visionnage de films animés expérimentaux finit de le séduire. Ses premiers courts-métrages révéleront d’ailleurs une empreinte expérimentale.


Après une période au Central Saint Martins College of Art and Design à Londres, Henry Selick arrive à la California Institute of the Arts, comme l’avait fait Tim Burton, qu’il y rencontra, avec Brad Bird, John Musker, Joe Ranft ou encore John Lasseter... entre autres…

Il réalise ses deux films étudiants : Phases et Tube Tales, qui a été nominé pour les Student Academy Awards.


Après quelques courts-métrages sur lesquels Synema reviendra dans un prochain article, il se lance dans sa première grande aventure, guidé par un de ses grands amis, un de ses plus fidèles "alter-ego"…



Chapitre Premier ~ Pourquoi chercher Midi à Quatorze Heures

quand on peut trouver Noël à Halloween ?


La Synema en a déjà parlé et en parle encore : Tim Burton est toujours là ! Illustrant à nouveau la métaphore chère à la Synema et à sa Toile : un des maillons Burton s’est noué avec un des maillons Selick.

En effet, si la carrière de ce dernier a bien décollé, c’est grâce à Burton, qui lui a donné les rennes d’un traîneau de noël bien vermoulu, tout en gardant un œil très concerné sur son projet.


Si c’est officieusement le sixième long-métrage de Burton, c’est surtout le tout premier de Selick ! Reconnaissant, ce dernier a même caché quelques dédicaces à son ami mécène : un serpent-guirlande ressemble comme deux rayures à celui de Beetlejuice (dans lequel Jack lui-même fait une pré-apparition), un canard à roulette, quant à lui, semble rescapé des aventures d’Hansel et Gretel, exilé incognito dans ce métrage plus spacieux et, enfin, le chat de Vincent est de retour, le temps de bondir d’une poubelle.

Les studios Disney aussi ont eu droit à leur hommage : ne serait-ce que par une poupée monstrueuse, offerte à un des enfants "réels", qui est coiffée de deux belles oreilles rondes et noires.


Un soir qu’il se promenait, Tim Burton remarqua, chemin cauchemardant, la vitrine d’un magasin qui changeait de maquillage : les décorations d’Halloween, laissées et lasses, s’éclipsaient discrètement, sans un deuil, derrière celles de Noël (comme quoi, même les morts peuvent vieillir). L’espace d’un déménagement et malgré ce qu’en pensent les Calendriers, les deux fêtes se retrouvèrent réunies. Ce passage de flambeau inspira Burton pour l’écriture de son poème.


Des années plus tard, alors occupé avec Batman Returns, il se vit proposer une possibilité d'adaptation par Walt Disney, détendeur des droits. Il dut déléguer ses rêves à Selick qui y ajouta les siens. De l’inspiration originelle, les seuls personnages qui restèrent furent Jack, son chien Zéro et le Père-Noël.

Pour un film-aîné, c’est un ambitieux aîné ! Trois ans de tournage environ (une minute de film pour une semaine de travail), à prendre photographies après photographies pour ce premier long-métrage entièrement en stop-motion.

Jack, rien que lui, a nécessité près de quatre-cents expressions de visage ! Même les décors donnèrent du fil à retordre aux marionnettistes : il ne fallait pas les déranger. C’est pour ça que les maquettes furent construites séparables, afin de leur laisser plus de place.

Mais le jeu en valait la chandelle ! Le résultat était une telle performance technique qu’il aurait obtenu l’Oscar des Meilleurs Effets Spéciaux si le sort n’avait pas décidé que Jurassic Park devait sortir la même année !


Ainsi, l’Etrange Noël de Monsieur Jack (Nightmore Before Christmas) vit la nuit, en 1993 ! Le succès fut au rendez-vous, malgré son heure aussi tardive que nocturne ! Dans leur "chambre noire", qui est aussi leur "écran blanc", les personnages oscillent entre marécages et monts enneigés, le rêve des uns faisant le cauchemar des autres.



Voici donc une réflexion sur la subjectivité du point de vue et l’inépuisable besoin de le changer… de se changer soi-même… Ou, du moins, d’essayer !

Il est cependant un peu triste que deux personnages, normalement principaux et principalement notables, n’en sont pas pour autant indispensables à l'intrigue...


D'abord, il y a Sally, au charme étrange et décousu, amoureuse du héros en cachette et qui tente de servir l’intrigue... Moyennant quoi, c’est l’intrigue qui nous la sert sur un plateau, trop gratuitement…


Ensuite, nous avons Oogie Boogie qui, hélas, n’est pas vraiment omnipotent et omniprésent, alors qu’il est censé être le grand méchant de cette mortelle chorale, le nocturne chez les nocturnes, le ténébreux pour les ténèbres elles-mêmes… Pourtant, le voici plutôt un fantôme dans un fantasme

D’ailleurs, il aurait dû avoir un rôle plus présent, plus pesant, car il paraîtrait qu’une surprise finale aurait révélé qu’il était en réalité le Docteur Finkelstein, créateur de Sally. Ou alors, que c’était plutôt le Docteur qui était en réalité Oogie Boogie... Encore une fois, c'est une question de point de vue...

Cette idée est restée dans la nuit. Une nuit plus profonde et interdite encore que celle qui abrite à la fois Halloween et Noël.





Chapitre Second ~ Cinq fruits et légumes par jour ? Ca dépend lesquels…

Ca dépend, certes ! Surtout qu’ici, ce ne sont pas cinq fruits, mais cinquante pêches qui ont été nécessaires pour le second long-métrage d’Henry Selick ! Et même pas des vraies, en plus, vu que leur taille variait de 7,5 centimètres de haut à six mètres de diamètre. Jusqu’où ira l’ambition des O.G.M. ?

Walt Disney ayant visiblement un peu de mal avec ce type d’animations, ce fut plutôt à travers une filiale qu’il produisit les deux premiers films de Selick : la Skellington Productions, anciennement Selick-Burton Projects depuis sa création en 1986, pour être spécialisée dans les divagations de ces deux réalisateurs particuliers, refoulés par le modèle Disney.


James et la Pêche Géante (James and the Giant Peach, 1996), dernier long-métrage produit par cette filiale, témoigne du périple d’un jeune garçon en quête d’un rêve esquissé sur une brochure de voyage


James est un enfant heureux, vivant sur une plage heureuse, à l’ombre d’un phare et à la lumière de l’amour de ses parents. Mais une nuit, une rage va rugir et surgir du fin fond de l’horizon : un énorme nuage endiablé, avec la tête d’un rhinocéros en infernale figure de proue, va dévorer ses parents, condamnant le malheureux James à l’absence et aux traitements cruels de ses deux tantes aux noms expressifs (Tante Piquette et Tante Eponge).



« Obéis-nous ou le Rhinocéros te mangera comme il a tué tes lamentables parents », sera la seule berceuse dont devra se contenter le garçon. Quant à ses rêves interdits, il y en a un qui l’aide à recolorer sa vie devenue si grise : aller à New-York, comme ses parents le lui avaient promis.


Un jour, en sauvant une araignée (brave garçon !), il fait une mystérieuse rencontre : un étrange mage lui donne des langues de crocodiles magiques, à même de faire enfler une pêche jusqu’à une taille assez grande pour s’en servir d’embarcation afin de traverser l’Atlantique ! Tout ce qu’on invente !

Grâce à ce nouveau moyen de transport inédit, il va s’affranchir de la tyrannie de ses tantes et du rhinocéros de flammes, aux côtés de divers invertébrés de ses amis, rencontrés dans ledit fruit.

Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Roald Dahl, fidèlement reconstitué, à l’exception de certains personnages en plus.

En effet, dans le livre, les Pêchonautes affrontent des êtres-venus-des-nuages. A une joute céleste, le réalisateur devait préférer un combat sous-marin. Ce seront donc des pirates de glaces, égarés en plein Arctique, qui devront donner de la toile à retordre à James et ses co-voyageurs. D’ailleurs, ce sera l’occasion d’un savant clin d’œil :

l’immortel Jack Skellington voguait justement par là, bien reconnaissable malgré un sacré coup de vieux (même si ça ne doit pas lui faire grand chose), jouant les épouvantails de mer, à savoir, lesdits pirates. Et pas tout seul : il se fait aider par le squelette de Donald Duck.


Certains personnages, quant à eux, ne se sont pas contentés de leurs seuls chapitres du livre et se sont imposés au-delà de leurs plates-bandes : c’est certainement de par leur arrogance et leur ego déplacé que les tantes du héros ont choisi de ne pas mourir, écrasées par la pêche, au début de cette odyssée, comme convenu dans le livre.

En tout cas cet "empêchement" n’a été que temporaire, vu que, dans le film, elles reviennent tourmenter le héros, tout au long de son rêve, dissimulées dans la fumée du Rhinocéros de Cendres ou dans de cruelles allusions, ponctuant la tentative de liberté du pauvre garçon…

Et jusqu’à la scène post-générique où elles sont représentées en marionnettes dans un jeu forain consistant à leur donner de grands coups de cornes via un rhinocéros que l’on contrôle !


Quand certains en ont trop, d’autres n’en ont plus assez… Ainsi, certains personnages du roman n’ont pas pu franchir la frontière "livre". Si un ver est un des aventuriers gardés pour le film, ce n’est pas le cas d’un "cousin à soie", absent de l’adaptation.

Aviez-vous déjà remarqué à quel point un globe terrestre ressemble à une toile d’araignée ? Avec toutes ces longitudes qui s’enroulent autour des latitudes ? Dessus, les pointillés qui représentent les itinéraires de voyages, comme celui d’Angleterre à New York, sont comme une suite de gouttes d’eau, de rosées du matin, échouées sur la toile. La Synema aime ça ! Visiblement, une de ses lointaines cousines aussi : car c’est aux côtés de Madame Araignée, entre autres, que James va traverser rêves et géographies, jusqu’à atteindre son inaccessible étoile.

James et la Pêche Géante a de quoi jouer les doubles de Charlie et la Chocolaterie ! Bien sûr, le fait d’être des "frères d’encre", issus de la plume du même écrivain, ça aide beaucoup à la ressemblance ! Et puis, je pense que les cuisiniers voudront bien me donner raison, la pêche et le chocolat peuvent former un savoureux duo !


Bref, les deux contes partagent les mêmes thèmes, jusqu’à la machine qui se permet parfois de remplacer le vivant, tout comme la chocolaterie déshumanisée ou alors ce requin métallique qu’affrontent James et ses compagnons de route, qui est à lui seule une usine : des scies aux marteaux en passant par les clous les plus acérés que l’océan ait connus.

Egalement, comme pour Charlie, ce n’est pas parce que le film finit que le songe aussi doit se terminer ! Le Paradis bien mérité ne peut pas être repris !

Enfin, ça marche surtout dans les histoires… Quoique, dans la vie non plus, l’achèvement d’un film ne sonne pas l’arrêt du rêve.

La différence, c’est que la suite du rêve, de "Notre Côté du Miroir", n’est pas automatique, et c’est à Henry Selick d'inventer tout seul la sienne, sans aucune dernière page de livre où la chercher, ni aucun écrivain-du-monde-d’au-dessus pour lui dicter un rassurant voyage tout fait.

Peut-être est-ce ce dernier point qui a donné envie à Selick de le créer lui-même, son écrivain-du-monde-d’au-dessus…


Mais ça, ce sera pour son prochain film... et pour le prochain retour de la Synema...

Pour les meilleurs rêves, comme pour les pires cauchemars


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