Au Fil de Synema 9 ~ De "l'Au-Tricoté" de la Toile d'Henry Selick (3/4)

Mis à jour : juil. 30


(Synema est une variété d'araignée qui n'a en commun avec notre sujet que le nom... et aussi le fait que le Septième Art est une immense toile, peuplée de nœuds dramatiques et d'émotions qui révèlent parfois les larmes... ces étranges rosées du matin. Ce n'est pas le Web qui contredira tout cela !)




Bienvenue, Mesdames et Messieurs ! La Synema vous remercie pour votre curiosité et a le plaisir vertigineux de vous guider dans votre visite de la Tour "Selick" !

Même si l’horizon ne semble pas la considérer comme une des plus ostensibles, des plus considérables, elle n’en demeure pas moins unique dans sa verticalité esthétiquement oblique et son univers nocturne !

Alors, chers ciné-visiteurs, suivez-donc le guide et bonnes (re)découvertes !



Si vous avez participé aux précédentes visites, vous savez sans doute que les quatre plus grands étages autour de l’escalier central sont habités par les quatre longs-métrages d’Henry Selick


Aile impassiblement sombre et intensément discrète...

Mais aujourd’hui, notre programme préfère vous mener dans les ailes sombres et discrètes, les premières catacombes, les étroits corridors tapissés de toiles d’araignées, comme les aime la Synema ! Bref, les courts-métrages d’Henry Selick ! En avant, donc, franchissons l’imposante porte d’entrée, en chêne massif, et…

Voici le vestibule !


La Porte "Phases" !

Vous remarquerez qu’il se divise en deux parties : celle où nous sommes actuellement, c’est la salle Phases. Regardez son espace, sa largeur : 35 mm de pellicule occupable ! Il est vrai qu’elle est assez basse de plafond : convertie en durée, sa taille mesure quatre minutes trente. Mais constatez quand même ce bel ouvrage : du solide ! De la qualité ! Ces murs datent de 1978 et sont toujours en excellent état ! Bien sûr, cela doit aussi être dû à sa rénovation récente en numérique.

La Porte "Tube Tales" !

Plus loin, voilà l’autre partie du vestibule, légèrement plus élevée, après ces quelques marches d’escaliers... Toujours de 1978. Nous nous trouvons ici dans la salle Tube Tales. Elle a été construite durant les années d’études d’Henry Selick, à la CalArts de Valencia (où il a notamment rencontré Brad Bird, Tim Burton, John Lasseter, John Musker, Rick Heinrichs et Joe Ranft), plus précisément, à la fin du cursus du jeune réalisateur.

D’ailleurs, vous vous demandez peut-être pourquoi cette statuette en forme d’Oscar domine toute la pièce ? Eh bien son architecture a permis à ce duo de courts-métrages d’être cités à l’Oscar du meilleur film étudiant !



A présent, par ici, je vous prie : prenons ce couloir sous l’écriteau marqué « Disney ». Vous remarquerez que les premières portes sur les côtés ne sont que des peintures en trompe-l’œil. Voyez, par exemple, celle indiquée « Rox et Rouky » : elle ne peut s’ouvrir. C’est tout simplement parce qu’elles ne font pas vraiment partie du patrimoine "Selick", notre réalisateur n’en étant pas encore un, à ses débuts : il était d’abord animateur.



Le Couloir Disney n’étant bordé, pour l’instant, que de "fausses portes", je vous propose un petit détour par ce passage presque invisible : Seepage. Prenez cela comme une issue secrète. La main-d’œuvre date de 1981 et a été financée par une bourse de l’American Film Institute et du National Endowment for the Arts.


La Porte "Seepage".

Attention de ne pas vous perdre : la conception de ce lieu est une des plus expérimentales de la Tour Selick. Admirez, sur votre droite, ces murs peints à la main avec un effet crayon de couleur ou pastel. Une animation graphique digne des plus grands décorateurs ! Sur votre gauche, par contre, découvrez plusieurs statues alignées et semblables, chacune dans une position légèrement différente de la précédente : ce sont des marionnettes grandeur nature animées image par image. En effet, le court-métrage Seepage mêle animation graphique et stop-motion.


Vous aurez relevé l’aspect sinueux de ce passage. Il est vrai que la progression de l’intrigue de ce film est assez déroutante, voire absente. C’est effectivement l’esthétique de ce court-métrage qui intéresse surtout Henry Selick… davantage que son histoire qui semble s’être égarée dans ce dédale de pastel...

Pour les plus curieux, les personnages que vous voyez, là, dans l’ombre, sont assis ensemble sur des fauteuils en bois. Et, ici, dans la zone peinte comme avec des crayons de couleur, il s’agit de la silhouette d’un chien cheminant sur un fond abstrait. Nous arrivons au bout et je voudrais vous faire remarquer les lauriers accrochés tout au long de ce passage : Seepage a gagné un prix !



Nous voici dans un petit salon circulaire : ses "travaux publicitaires". Comme vous le voyez, il y a neuf portes étroites. Elles donnent toutes sur des placards à étagères, ou de mini-bibliothèques, ce qui ne les empêche pas d’être très artistiquement aménagés !


Dans le sens des aiguilles d’une montre, vous trouverez ici les pièces « Pillsbury Doughboy » et « Ritz Crackers » pour lesquels Selick a tourné des publicités lorsqu’il était à son compte.

Derrière la porte « John Korty », il y a quelques-uns de ses souvenirs alors qu’il travaillait sur le film d’animation Twice Upon a Time de ce fameux John Korty, en tant que réalisateur de séquences, accompagné de sa femme, Heather Ryan, qui, elle, y était décoratrice.

Dans l’alvéole suivante, sont gardées des copies du storyboard du premier film de Walter Murch : Oz, un Monde Enchanté (Return to Oz), auquel il a collaboré.

Par contre, dans cette autre pièce, il y a le storyboard de Nutcracker : The Motion Picture de Carroll Ballard. Pourquoi ? Parce qu’Henry Selick a aussi travaillé à l’élaboration visuelle de ce film inspiré de dessins de Maurice Sendak.

L’huis qui suit cache un passage vers une autre tour décrite lors d’une précédente visite, et plus précisément, la chambre d’Hansel et Gretel, cinquième court-métrage de Tim Burton. Selick aidera ce dernier et Rick Heinrichs aux travaux de cette version "kung-fu" du célèbre conte des frères Grimm, produite par Disney.

Si vous tendez bien l’oreille, vous entendrez sans doute la musique qui provient de derrière cette nouvelle porte. Il s’agit de la vidéo musicale qu’il a signée pour le groupe Fishbone : Party at Ground Zero (et, effectivement, nous sommes encore au rez-de-chaussée de la Tour Selick). Vidéo qui lui aura valu le Prix de la Meilleure Direction Artistique et du Meilleur Décor de la part du magazine Billboard. Imaginez donc comment cette pièce doit être soigneusement décorée ! Si certains d’entre vous veulent y faire un tour, voici la clef.

Cette autre porte ouvre, quant à elle, sur des archives de Selick, du temps où il oeuvrait pour quelques sociétés de production de spots ou effets spéciaux de San Francisco.

Juste à côté, le porche orné de la bannière de sa propre société donne sur plusieurs des créations d’Henry Selick : intermèdes animés et autres logos pour la chaîne MTV, aux titres variés (Gravity, Butler, Dollhouse, Bath, Haircut, Xerox…). Suivez-moi… Entrons !


La Porte "Slow Bob in the Lower Dimensions". Attention à la marche !

Voyez cette haute porte ouverte, au fond de la pièce ? Elle est reliée à la chambre voisine (vers laquelle nous allons), plus vaste, occupée par le prochain court-métrage de notre réalisateur, justement parrainé par la chaîne MTV.

Voici, mesdames et messieurs, la salle Slow Bob in the Lower Dimensions. La charpente est de 1990 et s’élève à une hauteur de six minutes. Comme Seepage, son architecture possède son lot d’expérimental : la première partie est en stop motion.

Mais que peut bien être cette silhouette bicéphale qui...










...s'avance doucement, sournoisement, jusqu'...
...à un secret, bancalement perché ?








Ici, vous remarquez deux jeunes jumelles siamoises au corps anguleux, qui vont tourmenter le héros reclus dans leur grenier : un trentenaire à lunettes qui dort sur (ou contre) le plafond avant d’être réveillé par des iguanes parlants qui vont lui permettre d’ouvrir un portail vers une dimension de papier.


Notez que l'architecte de cet escalier l'a conçu pour ne pas être tout à fait au centre de l'image, mais légèrement fuyant à droite... vers cette solitaire ampoule, unique étoile dans des ténèbres implacablement unanimes ! Donc, en grimpant à cette échelle, les jumelles vont se diriger vers cette frêle source de lumière... Est-ce bien rassurant ? En plus de la notion de "fausse symétrie", d'équilibre "trompeur" (déjà "incarnée" par ces siamoises), ce plan appuie l'écrasant espace que se réserve l'obscurité, laissant la rare lumière étouffer, asphyxier dans un coin, prisonnière (comme le héros Bob ?)... Ou alors, si vous préférez, vous pouvez aussi relever la très forte présence de lignes droites et surtout de croix : que ce soit le dessin de la porte, la forme suggérée par l'escalier, ou même le discret rayon émis par l'ampoule qui semble suivre la diagonale de l'écran. Les croix siéent à ces sœurs !

Là-bas, il sauvera les malheureux habitants d’"OrigamiLand" d’une attaque de ciseaux (Edouard ? Est-ce toi ?), avant d’être couvert de peinture par les affreuses siamoises, à son retour.

Une toile ! Quel excellent moyen de communication !

Encore une fois, le scénario peut se montrer très abscons, voire sibyllin, surtout sans traduction !

A défaut de la clef de la langue et de celle de l’intrigue, voici toujours celle de la porte qui mène à ce film.



Le bouclier de l'enfant... D'ailleurs, on répète souvent aux enfants de ne pas courir avec des ciseaux. Mais des ciseaux seuls, ont-ils quand même le droit de courir ? Ou risquent-ils aussi de se crever un oeil ? Pour ceux qui répondraient qu'ils n'en ont pas, regardez bien l'image : une fois qu'on l'a remarqué, ça crève les yeux ! Au fait, faut-il voir un parallèle entre cette armée de ciseaux et les deux soeurs siamoises ? Tels des siamois, les ciseaux vont par paire. Un ciseau ne vit que par l'existence de son frère jumeau. Ce qui fait son identité, c'est d'être en double, comme des siamois ! On peut aussi se dire que les ciseaux représentent l'idée de couper, de séparer ce qui est collé... comme les siamoises...

Une fois passé dans cette salle, pensez à admirer les magnifiques écriteaux gravés qui dominent les lieux. L’un a été offert par le Festival d’Animation d’Ottawa dont notre réalisateur a gagné le Premier Prix, et son voisin - composé d’argent pur -, a été fourni par le Festival de Chicago, dont il a obtenu le Silver Hugo.



Avant de passer à l’étage, je vous propose de traverser la Piscine intérieure, puis de prendre le vertigineux escalier en colimaçon qui traverse le plafond.

La Piscine est au bout de cette allée.


En attendant d’y arriver, j’aimerais vous citer son apport au film Les Yeux de la Forêt, sorti en 1980 : Henry Selick a participé au design d’un alien dans la séquence "l’Autre Monde".

Pour compléter la suite des « alien » et « autres », « alias », il a choisi d’être crédité sous un presque-pseudonyme : C. Henry Selick (j’ai bien dit « presque » !).



Par ici, je vous prie... Attention de ne pas vous cogner : où nous sommes, l'obscurité est très dense.


Nous y voilà : la Piscine et son Aquarium dans lesquels nagent tous les souvenirs d’Henry tandis qu’il voguait aux côtés de Wes Anderson sur le long-métrage de ce dernier : The Life Aquatic.

Selick avait en charge le développement de l’animation en stop-motion : les effets visuels sous l’eau.

Cette Odyssée finit avec le retour au port, et plus précisément, à Portland, où le jeune réalisateur rejoignit les studios Laika, courant 2004. A peine avait-il débarqué, retrouvé la rassurante Terre, que, déjà, il rêvait de s’en évader à nouveau…


Et cette fois, par la voie céleste !


"J'ai dit : Attention à la marche !"
La Porte "Moongirl". Refermez derrière vous, à cause des courants d'air (ou, devrais-je dire, "des courants de ciel") ! Tiens ? Mais ne serait-ce pas la théière que l'on voit dans les nuages crépusculaires de "James et la Pêche Géante" ?

Attention à la marche, ce fameux escalier en colimaçon est étroit et escarpé : il s’agit du nouveau court-métrage de Selick, intitulé Moongirl (n'hésitez pas à regarder à travers la serrure).

Si je vous dis qu’il comporte 2005 marches, vous devinerez en quelle année il a été produit !

Je vous avais dit de refermer la porte : voilà les courants d'air qui s'amusent à dégrader les lieux !

Au passage, je vous invite à contempler la vue, comme l’ouvrage : ils ont été fabriqués en animation d’ordinateur ! Une première pour toute la carrière de Selick ! Les formes que vous apercevez voleter autour de nous sont des "gargaloons" (dont Selick fait lui-même les voix), des esprits maléfiques qui détestent la lueur de la lune et veulent l’éteindre.


Ces escaliers rendent un bel hommage à la Lune : elle tourne, eux aussi !

La petite fille qui leur fait face, là, c’est Moongirl, protectrice de l’astre lunaire. Et l’étoile que vous voyez tout en haut, c’est le nouveau Prix que ce film a obtenu en festival ! Ce court-métrage inspirera le livre d’enfants de Candlewick Press, qui sera pareillement intitulé « Moongirl ».


Bien… A présent, voici les quatre principaux étages de la tour Selick. Comme ils ont déjà fait l’objet de précédentes visites, je vous propose de les traverser rapidement pour nous concentrer sur le cinquième étage, actuellement en construction.



Plusieurs projets se disputent les lieux, mais, pour le moment, ils sont entreposés dans des cartons, en attendant que les ouvriers aient achevé le chantier de ces étages supérieurs. Munissez-vous des casques et des lunettes de protection que vous voyez là et attention à la poussière !



Nous arriverons bientôt au(x) Cinquième(s) Etage(s) de la Tour Selick !

Suivez le guide…


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