"MONTY PYTHON : SACRÉ GRAAL !", les Débuts de TERRY GILLIAM ~ Au Fil de Synema 13

Mis à jour : juil. 21


Ah, l’identité ! Un nom peut s’avérer un trésor de surprises !

Ainsi, saviez vous comment le Professeur Charles Lutwidge Dodgson a créé la signature qui le rendrait célèbre, Lewis Carroll ?

Il a simplement fait passer ses prénoms à travers le Miroir, en les métamorphosant un peu : « Lutwidge » est devenu « Lewis » et « Charles » s’est déguisé en « Carroll » !


Ceci dit, quand le "Hasartiste" s’en mêle, deux personnes réellement différentes peuvent être liées par le même "jeu de mots" !

Divaguons un peu : changeons « Guillermo » en « Gilliam » et « Toro » en « Terry », puis faisons passer le tout à travers le Miroir, et nous obtenons : Terry Gilliam !

Ca tombe très bien, comme dirait cette Chère Alice, car non seulement le style comme l’univers de Guillermo Del Toro et de Terry Gilliam se répondent beaucoup, presque comme le reflet l’un de l’autre, mais ce dernier adore la folie et le talent de Lewis Carroll (tel que développé dans un précédent article) !


Le Roi Terry Gilliam Ier, dans ses habits royaux, bien en accord avec l'univers médiéval, évoquant tout de suite "Monty Python : Sacré Graal !".

Rendons davantage hommage au dieu des coïncidences : Terry Gilliam est célèbre, entre autres, pour deux points ; son spectaculaire talent, hanté jusqu’à son récent treizième film par une difficilement fatigable malchance !

Et quel nombre "bipolaire" conjugue mystère, aubaine, fatalité et fortune ? Qui mieux que le Treize, porte-blason de l’obscurantisme, pourrait seoir à ce seigneur de l’image sonore, épris de fantastique fantasque et de Moyen-Âge intemporel ? Voilà pourquoi, l’article contant le règne du Roi Gilliam Ier ne sera autre que le treizième de la Synema !


Suivez la musique du luth et venez découvrir les merveilles de son château, empli de suzerains solitaires, de vassaux égarés, de chevaliers fous, de jouvencelles écervelées, de jeunes premiers aux derniers espoirs, de quêtes improbables et de victoires absurdes !

Voici donc son homérique histoire, que les troubadours entonnent encore et toujours !




Il était une fois, en plein 22 Novembre 1940, dans une lointaine contrée baptisée Medicine Lake (Minnesota), un faisceau de lumière qui vint réchauffer le couffin d’un futur chevalier, venant à peine de naître. Ce rayon céleste sortait tout droit du néon de la salle d’accouchement, mais, à cet âge-là, on ne fait pas vraiment la différence… Ce nourrisson n’était autre que Terrence Vance Gilliam !


En son honneur, ses parents avaient organisé moult festivités. C’est du moins ce qu’il aurait pu penser en voyant tous ces gens affairés, tout de blanc vêtus, aller et venir dans les couloirs immaculés de ce clair palais tout propre…

Parmi les invités, il y avait plusieurs fées, qui se penchèrent sur son berceau.


Si c'est ainsi que ladite fée sourit au Prince Gilliam, le ton "quelque peu" névrosé de ses films s'explique !

La première lui offrit le pouvoir de l’humour, grâce à un sourire qu’elle lui adressa :

« A chaque fois que tu riras, ta voix se fera plus forte et ton souffle plus jeune » lui aurait-elle proclamé, avant de continuer « Par exemple, tu feras partie d’une troupe d’humoriste anglais, les Monty Python, dont tu seras le seul représentant américain, aux côtés des britanniques John Cleese, Michael Palin, Terry Jones, Eric Idle (c'est lui qui joue le rôle de Paul "Dibs" Plutzker dans le film Casper) et Graham Chapman ! »


Le Roi Terry Gilliam Ier, fièrement installé sur son trône, son royal fauve dans les bras...



La seconde lui fit don d’un imaginaire sans borne qui ferait s’essouffler toute idée cherchant à fuir :

« Vingt-cinq années ne suffiront pas à ce qu’un de tes projets gagne ton oubli : tu seras persévérant ! » lui prédit-elle avant de digresser : « Tu co-écriras un livre, The Cocktail People, avec ton ami Joel Siegel ! C’est d’ailleurs avec son aide que tu seras embauché dans une agence publicitaire réalisant des affiches pour Universal Pictures ! ».




Le Roi Gilliam Ier, certainement sur le point de ratifier une de ses nouvelles lois...

La troisième (qui venait de commencer son service) lui promit la maîtrise du crayon (ce sorte de sceptre magique avec une extrémité d’argent autour de laquelle graphitent de la poussière d’étoiles décrochées).

« Tes mains et tes yeux s’entendront si bien que tu sauras dessiner ce que tu veux voir », déclara-t-elle en lui attachant un bracelet au poignet où était écrit son nom (certainement pour sceller son bon sort), et d’ajouter :

« Tu travailleras même avec René Goscinny (Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, Tromblon et Bottaclou…) pour le journal Pilote ! »


Hélas, c’est à cet instant qu’intervint une entité maléfique, la Sorcière des Moulins, ainsi appelée pour avoir transformé un puissant géant en hélice (sous prétexte qu’il brassait trop d’air). N'ayant pas été invitée et afin de se venger d’une telle omission, elle lui infligea la malédiction de la malchance :

« Toujours les bras de la malchance tourneront et reviendront en boucle te barrer le chemin, et ce, jusqu’à ce que le vent de la chance tourne ! Pour te faire une idée, sache que le court-métrage que tu voudras réaliser dès l’acquisition de ta caméra 16 millimètres restera inachevé au moins jusqu’à tes soixante-dix ans ; Help !, le magazine créé par Harvey Kurtzman, ton grand modèle, et où tu deviendras rédacteur en chef adjoint au bout de trois ans de travail, déposera le bilan en 1965, la fameuse agence publicitaire au service d’Universal Pictures que tu avais rejointe, te renverra en 1967 et le "talk-show" initié par le producteur Humphrey Barclay où tu auras la charge de caricaturer les invités, n’aura pas de succès et se retrouvera supprimé ! »…

Suivirent des formules aux accents déformés, des ricanements et l’inévitable conclusion :

« et ça, ce ne sera que le début ! »…


Rien alors ne semblait être en mesure de le sauver de cette sentence, pas même la "fuite" (ou, plus officiellement, le déménagement) de 1952 et de sa famille à Panorama City, un quartier de Los Angeles, en raison de la pneumonie de sa sœur.


Terry Gilliam surveillant le texte, pour s'assurer qu'aucune ineptie ne s'y trouve (en tout cas, pas d'ineptie qui ne lui corresponde pas)...

Bien que les sombres promesses de la Sorcière des Moulins semblaient se glisser dans son horizon, le futur Roi Gilliam ne perdait pas espoir : les bienveillantes augures des fées commençaient à se réaliser...


Ainsi, en 1969, la troupe des Monty Python vit le jour et en 1974, un an après son mariage avec la princesse britannique (déguisée en costumière et grimée en maquilleuse, pour rester plus "réaliste") Maggie Weston, il est sacré roi de son royaume grâce à son premier long-métrage co-réalisé avec Terry Jones : Monty Python : Sacré Graal !



Enluminure réalisée par collages et par Terry Gilliam. Plusieurs "panneaux-cartons" comme celui-ci chapitrent le film, la plupart étant animés...

La Suède ! Ses montagnes, ses légendes !

La Suède et le désordre de sa lande !

La Suède et son roi Arthur !

La Suède et Excalibur !


Vous ne le saviez pas ? La quête du Graal est un mythe local en ce pays Lapon ! N’en croyez pas vos brochures touristiques, mais plutôt les sous-titres du générique de début de Monty Python : Sacré Graal ! !

Des sous-titres déments qui vous affirmeront que « Songs : Neil Innes, Additional Music : Dewolfe » signifie, en suédois : « Un élan a jadis mordu ma sœur » (car, oui : en Suède, il y a des élans !) !


Terry Gilliam, en caméo incognito...

Si ça s’emballe en vrille dès le générique, ça promet ! Mais ce n’est que le début (effectivement, c’est le générique de début) !

Après une dispute pour le moins originale entre le générique et ses sous-titres suédois, on peut enfin admirer Terry Gilliam, jouant l’écuyer du Roi Arthur.

Par là, il est surtout chargé d’entrechoquer des noix de coco afin d’imiter le son du galop qu’aurait dû faire son maître, s’il avait été à cheval.

Quant à ce dernier, il ne lui reste qu’à imiter les cahots d’une conduite équestre, en se dandinant ridiculement ! Tout cela annonce un sérieux à toute épreuve !


Le Roi Gilliam Ier, à la tête de son armada de caricatures, qu'il mène vaillamment à la baguette (à son crayon de sceptre, quoi) !

Si ce film a été co-réalisé avec Terry Jones, il introduit déjà des éléments, des tournures et des esthétiques qui, à présent, sont synonymes de « Gilliam » ! Notamment, toutes les animations serties de folles enluminures sont de son cru ! C’est le cas de le dire : certaines d’entre elles le sont (« crues » ) ! De façon assurée comme assumée !

De plus, pour parfaire son empreinte, Terry Gilliam incarne même le mystérieux, l’énigmatique, l’inquiétant "Vieillard de la Scène 24" !


Comme la Synema aime à le préciser : la pellicule d’un film est une extension de l’A.D.N. d’un réalisateur ! La ressemblance entre les deux ne vous semble-t-elle pas frappante (d’ailleurs, pellicules comme A.D.N. se retrouvent dans les cheveux ! Preuve certes capillotractée, mais révélatrice) ?

Parmi ces "ciné-gènes", le ridicule anobli et la prestance déséquilibrée prennent une place immense !


Toutes actions, tous enjeux, tous échanges entre personnages sont irrémédiablement voués à la dérision, au dérisoire ! Les codes dans lesquels les protagonistes se débattent sont d’ores et déjà en total décalage avec les nôtres : jamais on ne peut vraiment deviner les réactions de chacun des concernés, tant elles sont en continuel désaccord avec celles que le spectateur aurait eues dans la même configuration ! Alors que, pourtant, certains comportements se rapprochent de notre logique.

Terry Gilliam, tiraillé entre absurde et absurde de l'absurde ("absurde au carré")... Justement, on retrouve souvent dans ses films le concept de "visages déformés", que ce soit par la mise en scène (cadrages, optiques déformantes), mais surtout par le maquillage "latexifié", comme si la peau n'était qu'un masque de plus. Songez à la scène de "Brazil" où la mère du héros subit une opération de chirurgie esthétique via une machine étendant à outrance son "visage de plastique"...

Ce qui fait que même l’absurde n’a pas de "cohérence"Cela le rend encore plus absurde ! Par exemple, dès lors qu’un personnage tombe sur plus déphasé que lui, on pourrait ressentir comme un assagissement dans sa folie (en témoigne la scène où les chevaliers s’étonnent que le monstre-gardien d’une caverne enchantée s’avère être un petit lapin blanccarnivore !)…


Les habituels schémas propres aux films médiévaux se retrouvent détournés, détrônés. Cette quête arthurienne n’a plus ni queue ni tête : les chevaliers du Graal deviennent des chercheurs de sérieux, repoussant les hordes du désordre.

Des chercheurs acharnés, harnachés de nobles guenilles et d’écharpes en charpie, luttant contre les anarchistes de l’authenticité, les marchants de n’importe quoi, en quête d’une quête, quitte à s’en arracher les bras et la foi... Et, comme on est en zone médiévale, cette liste d'allitérations pourrait même se compléter d’archers !


Le cadreur a bien pris garde à ne pas montrer le contenu du verre de Gilliam... Est-ce suspect ?

Via la dérision et l’absurde, ce premier film semble, entre deux farces, interroger sur la nature du récit héroïque. Parsemé de cassages du quatrième mur, sans doute cherche-t-il à comprendre ce qui différencie fondamentalement le vrai du faux, le véridique du vraisemblable, l'espace des spectateurs face à celui des conteurs.


Il est si parodique qu’on serait tenté de lui retirer les lettres de noblesse du genre "film de chevalerie"...


Pourtant, pourquoi n’apparaîtrait-il pas légitimement ainsi, comme ses pairs ? Parce qu’il est trop différent de la majorité de films médiévaux réalisés jusqu’alors ?


Cela remet en perspective notre perception de ce qu’est une légende et du subtil mélange entre noblesse, sagesse et ridicule qui régissent la plupart des mythologies... Pourquoi certaines "magies" seraient-elles plus sérieuses ou extravagantes que d’autres ?


Tout est dans le regard ! Si vous croyez le contraire, vous vous mettez le doigt dans l’œil !

Si les contes nous ont habitué à « ils vécurent heureux... », ce film ne prend pas de risque : il ne finit même pas... du moins, pas sans un petit anachronisme ! Preuve supplémentaire que tout ceci n’est qu’une mise en scène d’évadés d’asile (quelque soit l’époque, on s'invente sans cesse d'invraisemblables quêtes pour ne pas s’ennuyer) !


Anachronisme qui confronte directement vision "romanesque" et réalité brute, observant, comme lors d'un tournois, comment l’une et l’autre se considèrent réciproquement grotesques (comment réagirions-nous, avec nos mœurs, si nous nous retrouvions face à nos prédécesseurs médiévaux ?).

Elles sont en rupture de communication : déjà auparavant dans ce long-métrage, les personnages n’arrivaient jamais vraiment à se comprendre. Cette incapacité d’échange trouve son apogée au dernier plan : « on ne discute pas ! », alors, si on ne peut plus discuter, autant s’arrêter là !



(Synema est une variété d'araignée qui n'a en commun avec notre sujet que le nom... et aussi le fait que le Septième Art est une immense toile, peuplée de nœuds dramatiques et d'émotions qui révèlent parfois les larmes... ces étranges rosées du matin. Ce n'est pas le Web qui contredira tout cela !)





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