Dans la Toile de TERRY GILLIAM (et autres histoires) ~ Au Fil de Synema 14

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ais-tu ce que l’on nomme un "Terry Gilliam", dans le dialecte cinématographique, ô noble curieux voyageur ? Si, à tes pensées, viennent les mots « objectif de 14 millimètres », sache que tu as songé juste (par contre, si tu as pensé à ces mots dans un autre ordre, Molière t’aurait fait remarquer que « millimètres 14 de objectif » ne signifie pas grand chose… Comprenne qui veut) !


Pourquoi l’appelle-t-on ainsi ?

Parce que le Roi Terry Gilliam en a fait presque sa signature, son sceau, son cachet : il adore filmer avec une focale de quatorze millimètres, soit avec ce qu’on appelle un "objectif grand angle".


Pour les plus néophytes d’entre vous, une focale correspond à la distance séparant le centre optique (milieu de la lentille) du foyer (point où les rayons lumineux convergent après leur passage par la lentille).

Plus elle est longue, plus elle permet de voir à longue distance : c’est un téléobjectif. La longue-vue en est un, tout comme les lunettes astronomiques qui battent des records de longueur focale (plusieurs mètres… pour voir Saturne, c’est préférable). Plus elle est courte, plus elle agrandit le panorama, jusqu’au "Fish-Eye", bombant les perspectives pour offrir une vision à 180°.

Le "14 millimètres" fait partie de cette seconde catégorie, déformant l’image, comme si elle était observée par les yeux d’un ivre-fou halluciné… De quoi plaire au Roi Gilliam, lui qui aimait déjà beaucoup étirer les visages de ses personnages, comme de simples et souples masques !


D’ailleurs, toujours dans la même "optique" de recherche du déséquilibre, il est célèbre pour filmer majoritairement des plans bancals, penchés…

Il n’en fallait pas plus pour que la Synema réserve au Roi Gilliam son quatorzième exposé !


Afin de rendre hommage à ce seigneur aux légendes déjantées, la Synema a trouvé pour vous une lointaine aubade, chantant les premières conquêtes et les premiers empires du puissant, impassible, impensable et surtout impossible Roi Terry Gilliam Ier (et unique !) !



Par ces vers tapissés de verbes sibyllins divers

S’ouvre le second chapitre de notre glorieux grimoire,

Par ces rimes défiant les plus sages dictionnaires

S’annonce ce second film de joyeuse mémoire !

Ô, Jabberwocky, que fais-tu si loin de ton poème ?

Dormant en son recueil scellé par la poussière ?

Plein de mots insensés, de formules bohèmes,

A lire à la fois à la folie et à l’envers ?


Te souviens-tu d’Alice, cette ingénue tombée dans son reflet,

Qui t’avait réveillé en lisant ton histoire à travers un miroir ?

Sur les pages de glace où s’étalait un verbiage essoufflé,

Incompréhensible, digne des cerveaux coiffés d’entonnoirs ?

Considérais-tu son rêve pour ton altesse trop étroit,

Qu’il te fallait hanter d’absurde d'autres esprits ?

Comme celui de Terry Gilliam, ce fou, ce roi, cavalier en H-3…,

Qui détraque jusqu’à mon hymne, en son honneur écrit !






Ton film éponyme, de ta prime légende s’écarte plutôt,

Seules quelques strophes clamées en début et en fin de l’œuvre,

Le non-sense, la parodie de quête et du thé sur un plateau,

Ton apparence rance et ton cou de couleuvre,

Te relient encore à ta jeunesse, ta genèse de jadis :

Les songes d’Alice, parus en 1872 dans un second volume !

Ceci dit, bien que je me sois trompé (mes entrailles se hérissent !)

-Car, en tes lignes, de « plateau de thé », mention il n’est nulle-,

Dans le livre, tout comme chez notre réalisateur,

Ton épique épopée se pique à la même épée :

La Vorpaline, aux clinquants éclats tueurs !

Eh oui : toujours nous retrouve le destin jusqu’à l’Arbre Tépé* !





Quant au film, qu’en est-il quand on s’y cantonne ?

Une comédie médiévale qui esbaudit celui qui la chantonne ?

On y retrouve les codes : dragon qui sème cadavres fumants et chaos,

Comme s’aiment la jouvencelle et le preux héros,

Mais codes dynamités : Griselda Fishfinger (Annette Badland) n’est qu’un ersatz de

[damoiselle,

Mastodonte courtisée par Dennis Cooper (Michael Palin), son amour et son zèle,

Qui va jusqu’à garder, près des battements de son cœur,

Une pomme de terre gâtée… certes, trophée qui écœure !

Offerte au valeureux jeune premier, par la fenêtre et par accident,

Parmi d’autres détritus, tombés sur notre naïf soupirant…

La vilaine vilaine, pour lui, d’amour n’a point :

Elle lui préfère tout : même son embonpoint !


Parodie ? vous demandez-vous, auditeurs charmés ?

Eh bien... Quand on y réfléchit entre deux hilarités…

Les contes aux belles princesses, aux amours désarmées,

Nourrissent la vision de ces siècles passés…

Le Temps l’a sublimée, lavée de son ombre poisseuse et sale,

A coups d’amour courtois, de chevaleries et de poésies,

Mais un vrai château, un suzerain d’antan, un authentique vassal

Ressemblent sans doute plus au désordre : du lyrisme l’hérésie !

Peste, rats, idiots du village dégénérés, humanité grasse,

Festins dégoulinants ou famines hantées par les mouches,

Ignorance, boue, grossièreté, ennui, gluante populace,

Désespoirs, sang avarié, guerres inutiles ou futiles escarmouches,

Avenirs déjà chancis, à défaut d’être chanceux, cruelle désillusion,

Tout y semble pauvre, jusqu’à la richesse empâtée et puante,

A ce que cache le prestige, mieux vaut ne pas faire allusion :

La soie y est rapiécée, les broderies décousues… Bref, saveurs dégoûtantes !

Ici, comme dans le film Jabberwocky, excessif est le portrait,

Justement, c’est l’art de la caricature de grossir les traits !

Le contraste avec l’imaginaire usuel tiré des récits médiévaux

Amuse par la désacralisation du mythe usuellement fier et dévot

Mais aussi relativise ladite vision, ladite version,

Questionne sur notre façon d’appréhender l’Histoire.

La littérature, la tradition de l’imagination

Serait-elle plus ancrée en nous qu’on ne pourrait le croire ?

Le film invite à redécouvrir un autre "Moyen-Age",

Avec une véracité différente, une "vérité revisitée",

Pour comprendre jusqu’où cette époque pousse ses rivages

Comprendre avec du rire à pleines bouffées !

Autodérision oblige, Jabberwocky déforme les clichés :

La belle princesse se languit tant à son balcon décrépit

Qu’elle est prête à s’éprendre du premier Roméo perché,

(Même s'icelui y cherchait, hasardeusement, juste du répit)

Se parant pour lui de romantique niaiserie éperdue !

Comme atours : une foule de nones échappées de couvent

Protégeant sa pureté sans pudeur, sa nudité à cœur perdu,

Des regards trop mâles se soulevant souvent sous le vent !

Dans ce costume de Vénus à la fleur de l’âge et de peau,

En pleine naissance, d’une éblouissante évanescence,

Elle représente notre façon de percevoir cet ancien Passé

Et le ridicule qui peut se cacher dans son "hyper-décence",

Quand elle est ainsi, à l’extrême poussée !

Voici les tournois des prétendants à la chasse-au-dragon,

Ainsi qu’à la main de la précédemment citée Belle Naïve,

Mais qui se seraient bien dispensés de la partie "dragon"

Et qui offrent un spectacle à la barbarie maladive,

Que les troubadours ont bien refoulé de leurs lais célèbres

Préférant planter des graines de lumières en ces ténèbres !

Sanglants et cinglants combats entre cinglés

Dans leur singulière bravoure sanglés,

Voilà à quoi ressemblent deux alourdis du heaume !

Qui se tournent autour, avant que dans la fange se retourner,

Éclaboussant d’éclats de sang l’assistance lasse, détournée,

Dont le roi Bruno Le Contestable (Max Wall), sur son trône

Et sous différentes couches de sa tenue royale...

Tenue tenant plus des trophées de placards ou autres tapis,

Aux senteurs de naphtaline et de mites qui se régalent,

Vil velours délavé venu du débarras d’un vendeur de dépits !

A ces officiellement nobles oripeaux, perlent gouttes rouges,

Sacrifiées par zèle et par les chevaliers transpercés de lances

Arrosant de leur prestigieuse défaite le roi qui ne bouge,

Créant un décalage noir, où on s’entretue d’indifférence !

Même la robe et le visage de la blanche princesse

Se voient sertir de fins diamants glissants, écarlates, fragiles,

Sans qu’elle bronche le moins du monde, quelle délicatesse !

Contemplant ce feu d’artifice sanguin aux relents amers.


L’influence des Monty Python est sincère

Certains d’entre eux ont même pris part au projet

Michael Palin en tête, de cette folle fable le sujet,

Mais il y a aussi Gilliam, déguisé en pauvre hère,

Et Terry Jones en braconnier, que de caméos !


Tant et si bien que c’est par ce titre : « Monty Python’s Jabberwocky »

Que se présentait le film, portant le sceau de ces amis féaux,

A sa sortie, en 1977. Mais rien n’est jamais acquis,

Après démêlés judiciaires, cet intitulé fut interdit !


L’influence de Lewis Carroll est mêmement avérée

Que ce soit par la satire sociale à l’humour hardi,

Ou par « Bruno » le nom du monarque révéré,

Car ainsi s’appelle un autre rêveur, plus discret,

Frère de Plume d’Alice, vivant aux merveilles,

Et au roman Sylvie et Bruno, chef d’œuvre secret,

Qui, depuis son exil d’oubli, nos mémoires surveille !

Ainsi s’achève le second royaume de Gilliam Ier,

Tout comme l’aubade composée par votre serviteur !

Le carrosse s'enfuit au loin avec les jeunes premiers,

Trop loin pour qu’on entende encore les pleurs

Du nouveau prince, regrettant sa Griselda chérie,

Dans ce film-asile, de l’absurde nul ne guérit !


Et voilà ! La Synema a finit son voyage au royaume du Roi Gilliam ! Elle espère que cette ciné-virée vous a plu ! De son coté, elle a été heureuse d’avoir déterré du Grand Silence, cette ritournelle, pour vous !

A un point tel que, pour les mélomanes les plus résistants, elle a trouvé en sus, cette petite comptine, qu’elle vous propose en post-scriptum, après avoir conclu par le « …et il vécut heureux jusqu’à la Fin des Temps » qui s’impose :


Un, deux, trois, 1981 : Time Bandits

L’histoire de Kevin embarqué malgré lui,

Pour des voyages à travers Temps,

Loin de la technologie de ses parents.

Qui sont là, juste en bas, dans le salon,

Grignotés par leur télévision

Et pourtant, Kevin est orphelin !

Abandonné de tous, de ses amis nains

Et même des spectateurs, à la fin,

Son sort laisse le monde froid,

C’est peut-être la plus cruelle des croix

Que l’on puisse porter !


L’émotion vient du vide

De l’absence qui hante ce "paradis aride",

Où il avait cru, une famille trouver !

Ian Holm et Sean Connery sont là,

L’un, ridicule Napoléon,

L’autre père de substitution,

Quant aux nains, quelle surprise que voilà :

Chacun représenterait un membre

Des Monty Pythons, c’est ce que laisse entendre

Robert Hewison, dans son livre titré ainsi :

Monty Python,

[The Case Against Irreverence, Scurrility,

Profanity, Vilification, and Licentious Abuse

Surtout que certains d’entre eux s’amusent,

Dans ce film aussi, est-ce drôle ?

A jouer un petit rôle !

Pour Gilliam, ce film est le premier d’une trilogie

Prenant un héros à trois étapes de la vie,

Enfant, puis trentenaire pour Brazil

Et vieil homme pour le Baron de Münchhausen !

Tous trois écartés du monde

Interdits à ses lois

Time Bandits, un, deux, trois !


Quatre, cinq six, The Fisher King !

Réunissant, en 1991, Jeff Bridges et Robin Williams

Cherchant, cœurs et âmes,

Entre deux buildings,

Le Graal en plein centre-ville !

Culpabilité le dispute à chevalerie d’asile,

Dans cette fable sublime

Où la folie, les ténèbres illumine,

la folie guérit

Du Passé la maladie

Incarnée par le Cavalier Rouge, revoici Alice

The Fisher King, quatre, cinq, six !


Sept, huit, neuf, ou bien douze, comme les singes

Et leur armée de 1995, avec Brad Pitt et Bruce Willis

Film inspiré du chef-d’œuvre de Marker, Chris :

La Jetée et ses voyages temporels (pauvres méninges !),

Plus qu'un film, un "diaporama-moyen-métrage".

Mais depuis, le scénario a subi un sacré virage :

Toute l’intrigue autour de Brad Pitt

Est inédite !

C’est elle qui amène le thème psychiatrique

Cher au Roi Gilliam

Qui trouvera en 1998, un pic de psychotique :

Las Vegas Parano. Que dis-je, un pic ? Une aiguille !

Narrant les "effets secondaires du vague-à-l’âme"

Pour deux drogués en quête de peccadilles !

Quant aux Frères Grimm (2005), le moins aimé,

Bouleverse les contes et l’Histoire

Réinvente l’inspiration,

Pour comprendre ce qui peut bien l’animer

Est-ce notre vécu, notre mémoire ?

Nos souvenirs ne sont-ils qu’imagination ?

Magie et réalité sortiraient-elles du même œuf ?

Les Frères Grimm, sept, huit, neuf !

Dix, onze, douze : Tideland !

Ou « Jelizah-Rose au Pays d’Alice au Pays des Merveilles » !

Une enfant aux deux destins qui se disputent sa vie

L’un en ruine, "sublimé" par le second et sa magie !

Lequel restera au réveil ?

Réel et folie partagent la même lande !

L’éclairage des lieux suffit pour changer de monde

Tel Midas, il suffit que le Roi Gilliam, touche de ses yeux

Le craquelant et gris, défraîchi, horizon immonde

Pour le transformer en or, en éclat des cieux !

L’innocence s’enferme en sa forteresse aveugle

Idéalisant de naïveté les égouts qui l’entourent

En somme, c’est Jabberwocky, le retour,

Mais cette fois, le ridicule a cédé sa place

Au grandiose dérangeant, morbide classe,

Où certains gazouillent, rugissent et d’autres beuglent

Génie insensé que ce film de 2006, où on retrouvera allusion

A The Shining de Stanley Kubrick, et à ce petit doigt bavard

"Ami", "confident" de l’enfant esseulé, cruelle dérision !

Ici l’héroïne porte des têtes de poupées-cadavres

Décapitées au bout des doigts

De quoi contrarier le foie !


Puis, L’Imaginarium du Docteur Parnassus

Vint en 2009, et en 2013, The Zero Theorem

Pessimistes visions de “l’Être Suprême

Et de la religion qui, en plus,

Sur le Néant reposerait :

Au premier rien venu, l’humain s’accrocherait

Comme une malheureuse ventouse

The Zero Theorem, dix, onze, douze !


*L'Arbre Tépé fait partie de la flore traversée dans le Poème du Jabberwocky.


(Synema est une variété d'araignée qui n'a en commun avec notre sujet que le nom... et aussi le fait que le Septième Art est une immense toile, peuplée de nœuds dramatiques et d'émotions qui révèlent parfois les larmes... ces étranges rosées du matin. Ce n'est pas le Web qui contredira tout cela !)



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