"Pour que vive l'été", un premier roman marquant signé Hélène Darthout

Mis à jour : juil. 13


La saison estivale a toujours été un motif fécond en récits romantiques et romanesques. À elle seule, elle encapsule ce « hors temps » si particulier, qui défile aussi vite qu'il reste suspendu. La chaleur, les paysages et les rencontres de passage qui lui sont associés traduisent précisément cet élan et cet engourdissement simultanés qui font le sel des grandes histoires d'amour et sans doute des grandes histoires tout court.


Avec son premier roman Pour que vive l'été, l'auteure Hélène Darthout s'empare de ce sentiment à la fois éphémère et éternel avec une acuité de chaque instant. S'il est bien question de passion amoureuse, d'autant plus puissante qu'elle est avortée trop tôt, il est aussi et surtout question de filiation, d'une relation fusionnelle entre une mère et sa fille, vouées à dialoguer et à co-exister par-delà le temps et la mort, la première succombant avant l'entame du récit et abandonnant la seconde à l'épreuve du deuil.


Ce rapport mère-fille, à distance, entretenu par la mémoire et l'écrit - le journal intime de la mère, transmis à sa fille comme héritage, servant de passerelle - est l'une des plus belles réussites du livre. Grâce à une construction ingénieuse qui alterne les points de vue et les époques, notre curiosité de lecteur est sans arrêt stimulée. Ce chassé-croisé est également pertinent dans l'inversion du statut d'héroïne qu'il propose à mi-parcours, la mère cédant peu à peu la place à sa fille, comme pour lui redonner du pouvoir et l'aider à vivre sa propre vie.


Ce point de bascule est tout à fait exemplaire en ce qu'il autorise la fille à réécrire le passé au présent, de façon à faire sien le destin de sa mère. Il y a quelque chose d'intimement ambivalent dans cette seconde partie tant elle interroge le bien fondé de cette réappropriation. Interrogation que l'auteure soumet à ses personnages, avec d'un côté la fille, qui culpabilise et jubile à la fois de ce bonheur volé, et de l'autre, l'amant, auparavant dans les bras de la mère, aujourd'hui prêt à tomber dans ceux de son héritière.


Bien sûr, le style ciselé, le choix des mots, sont au service de cette très belle histoire, qui s'épanouit souvent dans la contemplation, avec des pages entières consacrées à la beauté pittoresque des lieux, dont on sent le charme qu'ils exercent sur l'auteure. En cela, le livre s'inscrit dans un registre plus sensuel qu'intellectuel, quand bien même la démarche psychologique, dévolue aux tourments des personnages, est présente d'un bout à l'autre.


Avec tant de qualités affichées, voici une œuvre chaudement recommandée !



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